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Avocat adverse qui ment à l'audience : ce que la loi prévoit, ce qui peut être sanctionné, et pourquoi les familles ont souvent l'impression que tout passe

Dans une séparation conflictuelle, beaucoup de parents ne parlent pas d'abord de leur propre avocat. Ils parlent de l'avocat adverse : celui qui reprend sans distance les propos mensongers de l'autre parent, dramatise, coupe la parole, surjoue l'indignation, devient odieux ou vindicatif, et donne l'impression qu'une audience se transforme en théâtre de domination. Le droit français encadre pourtant fortement la loyauté de l'avocat, y compris dans sa manière de se comporter à l'audience.

Lecture 9 min · Publié le 29 janvier 2023

Le point le plus important est celui-ci : un avocat n'a pas à être neutre, et il peut soutenir la version de son client. En revanche, il n'est pas autorisé à tout faire. Le droit distingue la plaidoirie combative, l'imputation grave soutenue sans base suffisante, le manquement à la courtoisie, le défaut de loyauté procédurale et, dans certains cas plus lourds, la faute disciplinaire caractérisée. C'est précisément parce que ces frontières sont techniques que les familles ont souvent le sentiment qu'une violence d'audience passe sans jamais recevoir de nom.

1. Ce que les parents visent quand ils parlent de l'avocat adverse qui « ment » à l'audience

En pratique, le mot recouvre souvent une expérience d'audience très précise. Beaucoup de parents ne parlent pas d'un simple désaccord juridique. Ils parlent d'un moment où ils ont le sentiment que l'avocat d'en face :

  • reprend comme des faits établis des propos mensongers ou très déformés portés par l'autre parent ;
  • transforme une hypothèse ou une accusation en certitude morale devant le juge ;
  • surjoue la violence verbale, la colère, le mépris ou l'indignation pour écraser l'autre partie ;
  • multiplie les imputations de danger, de manipulation, de faux, d'incapacité parentale ou de perversité sans base suffisamment sérieuse ;
  • monopolise l'espace d'audience, interrompt, coupe la parole ou cherche à déstabiliser humainement plutôt qu'à démontrer ;
  • donne le sentiment que la forme théâtrale compte plus que la loyauté du contradictoire.

Autrement dit, quand un parent parle ici de mensonge, il parle souvent d'une perte de réalité en audience : ce qui est dit n'est plus présenté comme une version adverse à discuter, mais comme une vérité déjà fixée, avec une charge émotionnelle qui peut impressionner le juge, l'autre parent et parfois même les professionnels présents.

2. Ce que la loi impose à l'avocat

Le cadre déontologique est beaucoup plus exigeant qu'on ne le croit souvent.

L'article 3 du code de déontologie des avocats impose la dignité, la conscience, l'indépendance, la probité et l'humanité, mais aussi l'honneur, la loyauté, la délicatesse, la modération, la courtoisie, ainsi que la compétence, le dévouement, la diligence et la prudence à l'égard du client.

L'article 16 rappelle que l'avocat doit se conformer aux exigences du procès équitable, se comporter loyalement à l'égard de la partie adverse et respecter les droits de la défense ainsi que le contradictoire. Cela compte beaucoup quand un avocat remplit ses écrits ou sa plaidoirie d'accusations massives qu'il ne soutient pas sérieusement, ou quand il cherche plus à impressionner qu'à éclairer.

L'article 13 impose aussi à l'avocat de conduire l'affaire jusqu'à son terme ou, s'il cesse sa mission, d'en informer son client en temps utile pour sauvegarder ses intérêts. L'article 14, lui, impose la restitution sans délai des pièces quand l'affaire est terminée ou quand l'avocat en est déchargé.

Autrement dit, l'avocat peut plaider fort, contester, attaquer une lecture du dossier et soutenir son client. Mais il ne peut pas tout faire au nom du combat judiciaire. La combativité n'efface ni la loyauté, ni la courtoisie, ni la modération.

3. Les sanctions existent, et elles peuvent être lourdes

L'article 183 du décret du 27 novembre 1991 vise toute contravention aux lois et règlements, toute infraction aux règles professionnelles et tout manquement à la probité, à l'honneur ou à la délicatesse. L'article 184 énumère les peines disciplinaires : avertissement, blâme, interdiction temporaire d'exercice jusqu'à trois ans, radiation du tableau ou retrait de l'honorariat.

Service-Public.fr rappelle qu'en cas de manquement déontologique, le bâtonnier peut être saisi, qu'une juridiction disciplinaire peut ensuite être saisie, que le client peut demander à être entendu, et que la décision peut aller jusqu'à la radiation. Autrement dit : la discipline n'est pas un affichage de principe, c'est une vraie voie de recours.

4. Des décisions officielles montrent que la tromperie peut être sanctionnée

Le portail de la Cour de cassation publie plusieurs décisions très parlantes.

  • Dans une décision de la cour d'appel d'Aix-en-Provence du 10 juillet 2020 (RG n° 19/19864), l'avocat avait dit à son client, à deux reprises, qu'il avait obtenu des jugements alors qu'il n'avait rien fait, puis avait confectionné deux fausses décisions de justice. La cour a retenu l'extrême gravité des faits et confirmé une interdiction temporaire d'exercice de trois ans, dont un an avec sursis.
  • Dans une décision disciplinaire de la cour d'appel de Paris (RG n° 17/20103), publiée sur le portail de la Cour de cassation, l'avocat était décrit comme se livrant habituellement à des accusations injurieuses et frauduleuses contre des confrères adverses, en imputant des escroqueries, des faux et usages de faux, parfois dans ses actes de procédure. Le portail indique une radiation.

Ces affaires sont importantes car elles montrent deux choses. D'abord, la tromperie peut viser le client lui-même. Ensuite, la logique disciplinaire ne concerne pas seulement les relations internes au barreau : elle peut aussi viser la manière dont un avocat parle, accuse, met en scène ou déforme la réalité procédurale, y compris quand cette déformation passe par une posture très agressive.

5. Pourquoi les familles ont quand même l'impression que « tout passe »

C'est ici que l'écart entre la théorie et la pratique devient le plus dur.

D'abord, tous les excès d'audience ne se prouvent pas facilement. Quand un avocat adverse surjoue, hausse le ton, coupe la parole, dramatise ou présente comme certaines des accusations qui ne le sont pas encore, la frontière entre plaidoirie combative, manquement à la modération et faute disciplinaire est souvent difficile à objectiver après coup, surtout s'il n'existe pas d'enregistrement ou de compte rendu très précis.

Ensuite, l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 donne une immunité importante aux discours prononcés et aux écrits produits devant les tribunaux en matière de diffamation, d'injure ou d'outrage. Les juges peuvent bien sûr supprimer des propos injurieux, faire des injonctions et même suspendre un avocat dans certains cas, mais cette immunité explique pourquoi une famille peut ressentir une violence verbale ou une déformation grave de la réalité sans trouver de sanction immédiate sur le terrain de la diffamation classique. Cette immunité n'efface pas pour autant toute question disciplinaire.

Enfin, l'effet psychologique de l'audience est très sous-estimé. Un parent peut sortir sidéré d'une audience, avec le sentiment qu'on a menti sur lui en pleine salle, qu'on a joué une scène de colère pour l'écraser, et qu'il n'a même pas eu l'espace de répondre. Ce vécu est réel. Le problème est qu'il faut ensuite le traduire en griefs datés, concrets et juridiquement exploitables.

6. Ce que vous pouvez demander tout de suite

Quand vous estimez que l'avocat adverse a menti, théâtralisé le dossier ou tenu une audience de pure intimidation, le bon réflexe n'est pas seulement l'indignation. Il faut transformer ce vécu en points vérifiables.

  • Demandez et relisez immédiatement les conclusions, pièces et écrits dans lesquels les accusations ont été posées.
  • Notez dès la sortie d'audience, le plus précisément possible, les propos, interruptions, formulations et effets de scène qui vous ont marqué.
  • Distinguez ce qui relève d'une version adverse assumée, de l'imputation grave sans base, et de la simple brutalité de ton.
  • Demandez à votre propre avocat quelles répliques écrites, demandes de retrait, observations ou suites disciplinaires sont réalistes dans votre cas.
  • Si vous estimez qu'il y a un vrai manquement déontologique, saisissez le bâtonnier avec des griefs datés, ciblés et appuyés sur des écrits quand ils existent.

L'article 25 de la loi du 31 décembre 1971 rappelle en plus que toute juridiction qui estime qu'un avocat a commis à l'audience un manquement aux obligations de son serment peut saisir le procureur général en vue de poursuites disciplinaires. Cela ne remplace pas l'initiative du client, mais cela montre que la discipline ne dépend pas seulement de la bonne volonté d'une partie.

Ici, je fais une inférence pratique à partir des sources : plus la contestation reste générale et centrée sur le sentiment d'avoir été humilié, moins elle a de prise. Plus elle devient datée, documentée et distinguée entre mensonge, excès de ton, accusation non étayée et manquement de courtoisie, plus elle redevient utile.

7. Ce que l'Institut peut faire dans ce type de situation

L'Institut n'est pas une juridiction disciplinaire. En revanche, il peut aider à faire un tri que beaucoup de familles n'arrivent plus à faire seules :

  • ce qui relève d'un vrai mensonge ou d'une reprise sans prudence d'un récit adverse mensonger ;
  • ce qui relève surtout d'une violence d'audience, d'une stratégie d'intimidation ou d'une mise en scène théâtrale ;
  • ce qui doit être combattu sur le terrain de la preuve, de la chronologie et des écrits plutôt que sur celui de l'indignation seule ;
  • et ce qui doit être repris immédiatement pour éviter que les enfants paient encore le prix d'une audience où la forme a tenté d'écraser le fond.

Le premier enjeu n'est pas de « gagner contre l'avocat adverse ». Le premier enjeu est de remettre le dossier, la preuve, la posture parentale et le temps au bon endroit avant qu'une nouvelle audience ne rejoue exactement la même scène.

Vous avez le sentiment qu'un avocat adverse transforme l'audience en scène de pression, en reprenant des mensonges comme des vérités ?

L'Institut peut vous aider à relire les conclusions, dater les incohérences, distinguer la violence de posture du vrai grief déontologique, et reconstruire une réponse plus solide pour la suite.

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